—Je crois qu'il est temps de monter!
M. le sous-secrétaire d'État était jeune, presque nouveau venu à Paris, où son département l'avait envoyé comme député depuis moins d'un an, et l'idée de monter était, à propos de toutes choses, son idée fixe.
Il sortit, en chantonnant, du cabinet solennel, traversa le grand salon d'attente où les portraits en pied de quelques chanceliers célèbres intimident les solliciteurs naïfs, et entra sans précaution dans le grand vestibule fermé où se tiennent les huissiers, ne prévoyant pas qu'il dût, à cette heure-là, se heurter à des quémandeurs d'audience.
Mais, précisément, l'huissier en chef, celui qui n'était pas obligé d'aller servir à table, et qui, par formalisme, restait seul, le dernier, à son poste, attendant le départ du sous-secrétaire d'État, paraissait en train d'éconduire, difficilement un vieillard, fort convenablement vêtu, qui n'avait pas de lettre d'audience et qui voulait, disait-il, parler à M. le ministre, ou à son secrétaire.
M. Barbier, avec la pétulance et l'imprudence d'un néophyte, peut-être avec la tentation orgueilleuse de jeter en passant un rayon de sa jeune gloire sur cet importun, s'arrêta, se raidit et, d'un ton haut, qu'il avait rapporté d'un parquet de province:
—Qu'est-ce? demanda-t-il.
L'huissier, soulagé de ce renfort, ou bien dépité de l'intervention de M. Barbier, quand il avait répété lui même à satiété qu'il n'y avait personne au cabinet de M. le garde des sceaux, ou bien encore, enchanté comme un vieil employé, de faire pièce et d'enseigner son rôle à un débutant fonctionnaire, sans répondre à la question de celui-ci, se recula et dit à l'homme qu'il poussait vers la porte:
—Tenez! voilà M. le sous-secrétaire d'État. Parlez-lui.
L'homme se retourna, s'avança, et, saluant avec une humilité sans bassesse:
—Pourrais-je, monsieur, vous entretenir quelques instants?