Le sous-secrétaire d'État était maintenant moins curieux que désappointé.
Cette moquerie supérieure, qui entre pour beaucoup dans la vocation des hommes d'État, s'agitait en lui. Il voulait se venger d'une émotion surprise, malavisée; il commençait à croire qu'il avait eu affaire à un maniaque.
Mais la raillerie naissante s'éteignit sous le rayon qui partit des grands yeux bleus de l'inconnu. Les cheveux du vieillard, qui pencha la tête et qui la mit sous le jour tombant, parurent blanchir davantage.
Avec une douceur indulgente et souveraine, il dit:
—Vous me prenez pour un fou, n'est-ce pas? Oh! je le comprends! C'était ma crainte, la raison de mon embarras. J'espère pourtant que, quand vous m'aurez entendu, vous ne verrez plus en moi qu'un homme très malheureux, qui a besoin de se confier à des cœurs honnêtes… J'avais, en me présentant ici, l'ambition de parvenir directement au ministre. C'est un vieillard, comme moi, plus âgé que moi, un père de famille. Si vous voulez obtenir qu'il m'écoute!…
Ce fut au tour du sous-secrétaire d'État à rougir. Cet étranger lui donnait une leçon. Il repartit très poliment:
—M. le ministre ne pourrait vous recevoir, ni ce soir, ni demain; je suis prêt à vous écouter.
—C'est que… vous n'aviez que cinq minutes à m'accorder, et en voilà une ou deux…
—De perdues? voulez-vous dire, interrompit courtoisement M. Barbier. Si vous le pouvez et si vous le voulez, monsieur, si l'affaire très grave, à ce qu'il paraît, dont vous avez à m'entretenir, ne doit pas s'aggraver pour un retard de quelques heures, je me tiendrai demain, pendant toute la matinée, à votre disposition. Ce soir, il est vrai, je suis un peu pressé… Cependant si vous voulez me dire sommairement ce dont il s'agit…
—Sommairement!