—Vous oubliez vos fleurs.

—Je n'en veux plus! laissez-les là.

Elle était redevenue la jeune fille despotique, hautaine, qui me désespérait si souvent; l'autre, qui avait rayonné et palpité d'une vie si vraie, si logique dans ses inconséquences, avait disparu.

Je jetai sur le tas de roses qu'elle laissait à terre la rose qu'elle m'avait donnée et que j'avais mise à ma boutonnière.

Elle se dirigeait vers le château, mais sans se hâter. Je me tins quelques instants en arrière, puis, l'ayant rejointe, je marchai à côté d'elle. La moitié de ce retour se fit en silence; pourtant, en arrivant à l'extrémité, du parterre de roses, elle me dit, tout à coup, d'une voix calme, limpide, presque gaie.

—Avez-vous lu Ruy-Blas, monsieur d'Altenbourg?

—Je l'ai vu jouer.

Le drame de Victor Hugo avait été représenté au mois de novembre précédent, pendant que Reine et la marquise étaient à Rome, et j'avais assisté à la première représentation. La pièce imprimée était sur une table, dans le salon du château. C'était Gaston qui l'avait apportée.

Comme mademoiselle de Chavanges s'était interrompue, je l'interrogeai à mon tour.

—Pourquoi me demandez-vous cela?