—Oui, son fils, ajouta madame Gérard en s'avançant. Tu ne m'as jamais parlé de ton père, mon enfant; tu ne voulais pas me faire rougir. Moi j'avais changé mon nom de théâtre, celui que je portais quand je jouais à Francfort. Je croyais que le passé était à jamais derrière nous. Je ne pensais guère qu'un jour on viendrait me le remettre sous les yeux, en me demandant mon nom. Mais je ne m'en plains pas, puisque tu trouves une fortune... Mais comment as-tu su que le baron Walter?...
—Je n'en sais rien, le hasard, quelque chose de mystérieux; mais je suis bien son fils, n'est-ce pas ma mère? n'est-ce pas, monsieur?
Le vieux Rosenheim sourit sans répondre; il semblait dire: demandez à votre mère. Madame Gérard renouvela ses protestations, et en quelques mots mit son fils au courant. Quant à celui-ci, écrasé, épuisé d'émotions, il avait peur maintenant de mourir de joie, de suffoquer. Il faisait des efforts inouïs pour retrouver son sang-froid.
—C'est égal, dit le vieil Allemand, c'est mal à vous, mon ami, de n'avoir pas écrit à votre mère que vous saviez tout, que monsieur Walter était mort, et que vous héritiez. Vous me laissez ma part dans un coin, et puis bon voyage! Vous partez sans me dire où vous allez. Ah! les amoureux! les beaux égoïstes! Mais nous vous pardonnons. Savez-vous, mon ami, que j'ai eu toutes les peines du monde à trouver madame votre mère, et que sans un feuilleton qui racontait votre aventure avec le baron, en vous désignant presque, je n'aurais jamais été sur la voie: je m'informai, je questionnai; j'eus votre nom, votre adresse. Je trouvai madame votre mère; elle m'avoua tout, et nous voilà.....
—Ah! mon ami! ah! ma mère! si vous saviez quelle joie! Pourquoi ma femme n'est-elle pas là?
—Ta femme, mon fils, je t'en parlerai; elle se plaint un peu de toi; elle t'a cherché dans toute la maison, dans ta chambre.....
—Dans ma chambre? interrompit Gérard qui se souvint de sa lettre d'adieu. Il courut comme un fou, et faillit mourir de joie en retrouvant sur la cheminée la lettre non ouverte, le cachet intact.
—Dieu soit loué, dit-il en tombant à genoux et en joignant les mains avec ferveur, elle ne saura rien. Le secret de ma honte restera dans mon cœur.
Il se releva comme un ressuscité. La vie, une vie nouvelle l'envahissait par tous les pores. Après avoir embrassé mille fois sa mère, causé et fumé avec M. Rosenheim, il alla doucement frapper à la porte de sa femme.
—Qui est là? dit Angèle.