—Dieu ne veut pas que je meure avant la honte. Que sa volonté soit faite!
Puis, poussant la porte entr'ouverte, il entra.
Une exclamation joyeuse et un cri retentirent à la fois. Une femme se précipita dans ses bras:
—Gérard! mon enfant! comme tu as tardé! lui dit-elle.
—Ma mère! vous ici? s'écria Gérard, qui sentit ses cheveux se dresser sur sa tête.
—Oui, moi, qui ai voulu accompagner M. Rosenheim.
A ce nom, Gérard baisa convulsivement le front de sa mère, et se tourna vers le terrible M. Rosenheim.
C'était une honnête figure d'Allemand, au menton carré, aux joues rondes, aux cheveux grisonnants, aplatis sur les tempes. Si jamais la vengeance eut un aspect paterne, ce fut bien quand elle prit un masque pareil. Gérard voulut s'avancer, il était blême, ses lèvres s'agitèrent sans qu'il pût dire un mot.
—Remettez-vous, mon cher monsieur, dit M. Rosenheim, en lui serrant les deux mains. Nous commencions à craindre de ne pas vous embrasser ce soir. Ah! vous pouvez vous vanter de m'avoir fait faire un terrible voyage... d'autant plus que mon voyage était inutile. Ah ça! expliquez-moi donc par quel moyen miraculeux mon vieil ami Walter a découvert que vous étiez son fils...
—Son fils, dit Gérard, qui se sentit touché par une étincelle électrique, et qui ne sut pas s'il devait crier ou rire.