Le docteur endossa son plus bel habit, et regretta pendant quelques instants d'avoir négligé jusque-là le soin de sa personne.
—C'est un habit bleu de ciel brodé d'argent que je devrais avoir, se dit-il, un habit couleur du firmament. A partir d'aujourd'hui, j'entre au service de l'Être suprême, et le costume est un symbole.
Maria craignait que les honneurs ne rendissent son père un peu fou. La pauvre enfant était indulgente pour le passé. Elle voulut arranger elle-même la perruque de cérémonie sur les beaux cheveux gris de son père. Elle cousit les dentelles au jabot et les manchettes aux poignets, tout en accumulant les recommandations.
—Savez-vous comment on salue un prince? disait-elle, en époussetant le chapeau du docteur.
—Parbleu! je le saluerai en latin, en grec, en hébreu, dans toutes les langues passées, présentes, et j'oserai dire, futures.
—Ce n'est pas cela, mon père. Il y a une révérence à faire.
—Ne veux-tu pas que je prenne un maître à danser?
—Mon bon père, soyez patient et prudent. Le prince Bonifacio n'a jamais reçu de savants à la cour; il pourra manquer à ce qu'il vous doit; ne le rebutez pas!
—Sois tranquille, mon enfant, je sais quelle indulgence il faut avoir pour les grands du monde. Je l'épargnerai d'autant plus que ce n'est pas un aigle, ce bon Bonifacio!
—Surtout, mon père, ne répétez pas tout haut cette opinion-là, à la cour!