—Oh! j'imagine qu'elle doit y être répandue, et que Bonifacio lui-même ne s'aveugle pas à cet égard.
—Mais, s'il s'aveuglait, par hasard, mon bon père, ne lui ouvrez pas les yeux!
—Ne crains rien! As-tu encore quelque recommandation, petite prêcheuse?
—Ne soyez pas trop distrait. Il vous arrive de puiser dans la tabatière de votre interlocuteur, plus que celui-ci ne le voudrait; prenez garde à cela. Et puis, enfin, ne m'oubliez pas; et quand vous serez installé, pensez que vous avez laissé au logis votre enfant toute seule.
—Et mon laboratoire aussi; ne crains rien: si Bonifacio me comprend, dès demain j'installe tous mes instruments, et tu viens me rejoindre.
—Oh! non, mon père, moi je n'irai pas; je ne dois pas aller à la cour, répliqua vivement la jeune fille, en rougissant beaucoup.
—Sournoise, tu ne veux pas y aller encore? mais, quand tu seras princesse, tu ne pourras plus refuser d'y venir.
—Princesse! reprit la jeune fille avec effroi, ce mot-là me fait peur; pourvu que je sois toujours aimée, je bénirai Dieu.
—Et ton père, n'est-ce pas, qui t'aura conquis une couronne par son génie? Allons, adieu; je te raconterai ma visite, et je promets de te rapporter des bonbons de la cour; car on doit en manger à tous les repas.
Quand on vint annoncer à Son Altesse Bonifacio que le docteur Marforio l'attendait, le prince se cambra démesurément, fit ouvrir à deux battants les portes du salon où il donnait ses audiences, et s'avança avec majesté, en levant le pied et en tendant la jambe.