—J'aurais dû demander l'expérience avant le dîner, murmura-t-il.
Marforio, calme, solennel, radieux comme un prophète, versait de l'eau dans des grands vases de cristal et mettait des petites étiquettes pour les reconnaître.
—Voici le ministre de la guerre, disait-il, voilà Son Excellence de l'instruction publique. Ce bocal est pour M. le ministre des finances.
—Dépêchez-vous, dépêchez-vous, disait Bonifacio avec une sérieuse émotion et d'une voix entrecoupée qui démontrait suffisamment que le dîner avait été une imprudence de Son Altesse.
—Voilà! je suis prêt! répondit Marforio en faisant étinceler devant les bougies le fameux instrument qui ouvrait les crânes.
—Par qui commencerai-je? demanda-t-il.
—Je n'en sais rien, répliqua Bonifacio dont la bonne âme ressentit tout à coup des scrupules. Si vous alliez leur faire du mal, mon cher ami!
—Je réponds du contraire, monseigneur.
—Il sera bien temps de vous contredire, quand vous les aurez tués ou rendus idiots!
Marforio sourit; il trouvait la dernière crainte par trop chimérique.