—J'accepte votre parole, dit Marforio, qui fit sauter lestement la perruque de son collègue des finances, et qui traça avec la pointe de son instrument une ligne autour du front.

Tremblant, agité, Bonifacio plongeait la tête dans sa serviette. Au bout de quelques secondes, n'entendant aucun bruit, il osa regarder et resta confondu du spectacle étrange qui s'offrit à lui. Le ministre des finances souriant et dormant du sommeil le plus profond était étendu dans son fauteuil. Son crâne était ouvert, une partie relevée permettait de voir qu'il était vide.

Marforio déposait avec les plus grands égards la cervelle de son collègue au fond du vase de cristal qui lui était destiné.

Un frisson d'admiration qui participait aussi de l'épouvante parcourut Son Altesse depuis les pieds jusqu'à la tête.

—C'est inouï! c'est inouï! répéta-t-elle plusieurs fois. Si je ne le voyais pas, je ne pourrais pas le croire.

—Votre Altesse peut s'assurer que son ministre est intact, et quand on lui referme le crâne, il n'a absolument rien de changé extérieurement.

Et Marforio donna un petit coup sec à la boîte osseuse dont le couvercle retomba avec un léger bruit.

—Il vit toujours? demanda Bonifacio.

—Tâtez son pouls! Écoutez sa respiration! Voyez même comme sa figure est embellie! Depuis que je lui ai retiré la pensée, il ne fait plus la grimace. Je suis convaincu, monseigneur, que votre ministre avait du chagrin!

—Pauvre Manfredi! cela serait-il possible? Est-ce qu'il prendrait à ce point mes intérêts? Il faudra lui enlever ce chagrin-là, mon cher Marforio.