—Mais je vous connais, monsieur, vous avez un nom déjà célèbre.

En effet, M. Mendez s'était acquis par la littérature et par la politique un commencement de réputation; c'était un journaliste honnête, habile, ambitieux, qu'on redoutait pour sa raillerie, qu'on estimait pour sa probité, mais qu'on n'aimait pas. Mon père, qui avait des opinions de soldat, c'est-à-dire très-hostiles aux hommes de plume et d'intelligence, s'était exprimé plusieurs fois sur le compte de M. Mendez avec une brutalité qui me revint en mémoire et qui m'avait rendue parfois très-curieuse de connaître cet écrivain tant discuté.

Ma mère était rentrée, et était dans une horrible inquiétude. En ne me trouvant plus au logis, elle n'avait pas pensé au suicide; mais elle avait cru que ma répugnance pour le travail et mes goûts de luxe et d'indépendance m'avaient emportée pour jamais loin de sa pauvre chambre. Elle priait et pleurait quand je frappai.

—C'est toi, Dolorida? demanda la pauvre femme d'une voix étranglée par les larmes, à travers la porte:

—Oui, c'est moi, ouvrez, ma mère.

Elle fut surprise de me trouver en compagnie d'un jeune homme; mais il y avait tant de convenance et de dignité dans l'attitude de M. Mendez, je portais le front si haut, que ma mère eut un cri de joie.

—Merci, mon Dieu! dit-elle en joignant les mains; j'avais calomnié mon enfant. D'où viens-tu donc, Dolorida?

J'allais avouer que je revenais du Mançanarez, quand je compris que ma fuite avait été bien cruelle et bien ingrate; je ne voulus pas ajouter une douleur aux tortures que ma mère avait subies.

—Je viens de chercher un mari, répondis-je en souriant. Ma mère, je vous présente M. Alonzo Mendez, qui sollicite l'honneur d'entrer dans notre famille.

—Qu'est-ce que cela veut dire? demanda ma mère en fronçant le sourcil.