—C'est ce que nous allons voir, dit le capitaine.
Ne me demandez pas quels sentiments m'agitaient. Ce n'était plus le délire, la fièvre: c'était une folie devenue sérieuse, froide; il semblait qu'une volonté fatidique dirigeât mes mouvements. J'avais une lucidité parfaite, une conscience absolue de tout ce que je disais et de tout ce que j'entendais, mais en même temps une résolution irrévocable. Le capitaine et moi nous étions bien condamnés! Si je gagnais, j'étais résolue à le tuer, dans le cas où il aurait voulu se soustraire à l'obligation de son serment. Quant à moi, vous saurez ce que j'avais résolu.
Je pris les cartes. Le hasard voulut que ce fût à moi à commencer. Je tournai, et en six cartes je décidai de mon sort; le capitaine avait gagné. Une sueur glaciale me mouilla le front; je devais être livide.
—Eh bien! me demanda le domino.
—Eh bien, monsieur, j'ai perdu et je payerai, dis-je.
Je crus entendre un éclat de rire dissimulé. Ma fierté ne put tenir à cet outrage.
—Otez donc votre masque, m'écriai-je, que je puisse voir le visage d'un homme qui rit lâchement du désespoir d'une femme.
Le domino dénoua lentement les cordons et jeta sur la table le masque détaché. Je poussai un cri! j'étais victime d'une cruelle plaisanterie; j'avais joué avec mon mari.
—Vous! monsieur, c'est vous, murmurai-je avec stupeur. Ah! c'est infâme.
—Je ne sais pas, señora, si vous devez vous plaindre de n'avoir point eu affaire au capitaine Lopez; mais avouez que, pour ma part, j'ai bien quelque raison de m'en féliciter.