—Vous n'avez pas été ingrate, dit avec feu Stanislas Robert. Vous n'aimiez plus le jeu quand vous l'avez épousé. C'est lui qui vous a donné le prétexte, et c'est lui, d'ailleurs, qui n'a pas su fournir d'aliment assez actif à l'ardeur de votre esprit, à la flamme de votre cœur.
—N'en dites pas trop de mal, dit la señora Mendez en souriant, vous iriez contre votre but. Je suis redevenue joueuse parce qu'il n'y avait pas au monde un état, une position qui pût m'empêcher de le redevenir. Un enfant peut-être m'eût préservée; mais ni le ménage, ni la politique, ni le monde ne pouvaient me garantir.
—Je ne vois toujours pas poindre la morale, dit avec insistance la jeune Française.
—Eh, mon Dieu! répondit avec impatience Stanislas Robert, la morale, ce sera, si vous voulez, le conseil donné à toutes les femmes d'être coquettes, frivoles, de tromper et d'amoindrir leur esprit par des petits commérages, par des petits soins de toilette, quand elles veulent rester honnêtes, plutôt que de s'exposer aux orages des passions.
—La morale, dit Frantz, c'est de ne se marier que quand on s'aime, et c'est de préférer la mort au mariage sans amour.
—A moins, repartit Ottavio, que ce ne soit la recommandation expresse de faire faire deux clefs à la porte de sa chambre.
—La morale, je vais la donner, moi, interrompit la señora Mendez: c'est d'élever les enfants dans l'amour du travail et du devoir; et si cette morale ne vous satisfait pas, de grâce, ne m'en demandez pas une autre et n'en cherchez pas d'autre. Je vous ai fait passer une heure sans trop d'impatience; ce triomphe me suffit. Ne me le gâtez pas par vos questions et par vos épigrammes.
—Voilà qui est parfaitement conclu, dit Stanislas Robert, et je crois que madame Vernier voudra bien venger demain les Françaises des reproches que la señora leur a adressés en passant.
—Moi, monsieur, je ne raconte pas ma vie, riposta d'un air mutin la jeune veuve.
—Vous aimez mieux, sans doute, la méditer, n'est-ce pas?