Il faisait froid, le vent soufflait au dehors, et, à chaque rafale, maître Arnold, se frottant les mains, se félicitait tout haut et tout naïvement, d'être chez lui, près d'un bon poêle, entre deux bons amis, en face d'un bon pot de bière, et de n'avoir pas à courir les chemins.
Ces actes d'amour envers son domicile finirent par impatienter M. Gottlieb, qui s'écria d'un ton aigre-doux:
—Savez-vous bien, Arnold, que vous n'êtes guère charitable?
—Comment?
—Oui, vous êtes un égoïste. Vous vantez les douceurs du poêle, et de la table et de la bonne compagnie, devant moi qui vais être obligé de m'en aller, seul, à pied, par la neige.
—Eh bien, mon cher Gottlieb, voulez-vous rester ici? nous vous ferons un lit.
—Et que dirait Gudule, ma gouvernante, si demain, en m'apportant mon café au lait, elle ne trouvait personne dans ma chambre? Diable! j'ai ma réputation à garder, et autre chose encore. C'est une nuit bonne pour les voleurs.
—Hum! Crésus! vous avez les soucis de la richesse, dit en riant M. Arnold. Je vous prêterai mon manteau.
—Et une lanterne, reprit avec un peu de vivacité M. Gottlieb.
—Les réverbères ne sont pas éteints.