—C'est égal, j'aime à voir très-clair.

—Gottlieb! est-ce que vous seriez peureux?

—Moi, peureux! Ah! par exemple! repartit M. Gottlieb en se renversant sur sa chaise; vous me prenez pour une jeune fille.

—Hum! je me rappelle, continua M. Arnold, qu'un certain soir, nous revenions ensemble et que vous m'avez serré le bras très-fort, en passant devant une sentinelle que vous aviez prise pour un voleur.

—Quel conte faites-vous là? demanda M. Gottlieb de plus en plus gai, mais avec une animation dans le visage qui trahissait un secret mécontentement.

Wolff eut la tentation d'une action mauvaise, et il y céda; il crut s'apercevoir que M. Gottlieb, l'esprit fort, le savant, était un poltron, et il voulut s'amuser.

—Il ne faudrait pas vous défendre, mon cher monsieur Gottlieb, dit-il avec calme, d'une délicatesse de nerfs qui est toujours une distinction. Avoir peur d'un autre homme, le jour, en plein midi, dans la rue, c'est le fait d'un lâche. Mais avoir peur, la nuit, dans l'obscurité, des revenants, des ombres, de tous les mystères enfin qui comblent l'intervalle de la vie à la mort, ce n'est là qu'un fait ordinaire, et tout homme d'imagination peut l'avouer.

—Allons donc, murmura M. Gottlieb, vous voulez rire!

—Moi! oh! je ne ris jamais de ces choses-là! La peur est un sentiment respectable. Vous savez que les anciens la supposaient fille de Mars et de Vénus.

—Oui, oui, je sais cela, balbutia M. Gottlieb qui ignorait complétement ce détail.