—On lui donnait de singuliers parents, dit M. Arnold avec un gros sourire, et ne sachant pas trop si son ami Wolff parlait sérieusement ou se moquait de son autre ami Gottlieb.
—Pourquoi vous étonner? reprit Wolff, la peur est la conséquence d'un vrai courage, de celui qui tient compte de toutes les influences; elle est aussi le produit des sentiments tendres. Oui, Mars et Vénus sont bien ses parents, et il est constant que la plupart des héros ont sacrifié à la peur.
—Oh! oh! vous allez trop loin, dit M. Gottlieb qui ne tenait pas absolument à passer pour un héros.
—Du tout, l'histoire est là pour le prouver. Thésée, qui n'était pas un poltron, vous en conviendrez, monsieur Gottlieb...
—J'en conviens.
—Eh bien, Thésée, qui s'exposait à rencontrer dans ses courses des monstres effrayants, fit un sacrifice solennel à la Peur. Alexandre le Grand...
—Comment! Alexandre, lui aussi? ne put s'empêcher de crier M. Gottlieb.
—Sans doute. Alexandre, l'ignoriez-vous donc?
—Oui, oui, je le savais, mais je l'avais oublié.
—Alexandre, avant la bataille d'Arbèles, rendit honneur à la fille de Mars et de Vénus. Rome avait un temple pour la Peur et pour la Pâleur.