—Qu'y a-t-il, demanda la vieille servante? est-ce que, vous aussi, vous auriez votre idée fixe?
—N'est-ce pas, ma bonne Marguerite, M. Arnold a un chagrin?
—Sans doute, demain ce sera le tour à notre chère demoiselle. Ah çà! qu'est-il donc arrivé?
—C'est précisément ce que je voulais savoir, Marguerite. M. Gottlieb n'a rien dit devant toi.
—Rien; cependant je l'ai entendu grommeler quelque chose en s'en allant.
—Que disait-il?
—Des choses extravagantes, par exemple: «On me prend pour un âne dans cette maison, mais je ne suis pas encore bâté, et je brouterai bien des jolies petites fleurs.»
—Cela ne m'apprend rien, soupira Wolff.
M. Gottlieb ne revint pas de la journée ni de la soirée; il laissa probablement grossir et s'envenimer la piqûre qu'il avait faite à son ami. Wolff, qui resta aux aguets, n'entendit aucun bruit; il remarqua seulement qu'en baisant sa fille au front, avant d'entrer dans sa chambre, M. Arnold avait poussé un gros soupir.
Cette situation étrange se prolongea pendant deux jours; M. Gottlieb était devenu invisible; mais bien que son absence fût en réalité une délivrance, son souvenir, sa pensée pesait comme une menace.