—Mon cher monsieur Arnold, c'est une mission bien délicate et bien pénible que vous réclamez de moi, dit-il en passant la main sur son front pour en essuyer la sueur; mais je la remplirai. Ce soir, si vous le permettez, je descendrai; vous me laisserez seul avec mademoiselle Gertrude, et je serai digne, par les conseils que je lui donnerai, de votre amitié et de la sienne.
Le pauvre M. Arnold, sinon consolé, du moins tiré d'un embarras relatif, remercia Wolff du fond du cœur, essuya les grosses larmes qui roulaient sur ses joues, et promit d'avoir du courage, quelle que fût l'épreuve à laquelle il était réservé.
Quant à Wolff, dès qu'il se retrouva seul dans sa chambre, il s'enferma, prit sa tête à deux mains, et, avant toute délibération, soulagea son cœur et pleura comme un enfant.
—Il avait raison, cet homme horrible et grotesque, répétait-il, il avait raison, je pleure. Mon Dieu! que vais-je devenir et que deviendront-ils tous?
Wolff n'était pas un présomptueux, ni un égoïste. S'il eût suffi de broyer son cœur, de se condamner à un malheur et à des regrets éternels pour sauver ses amis, il n'eût pas hésité. Mais son devoir lui apparaissait plus difficile et plus obscur.
Le reste du jour s'écoula dans cet entretien suprême; quand la nuit vint, Wolff n'était pas plus avancé: il avait les mêmes doutes, les mêmes hésitations.
—Dieu m'inspirera, dit-il, en se préparant à descendre.
Gertrude tricotait dans la salle à manger. Marguerite filait auprès d'elle, et M. Arnold, penché sur une gazette, paraissait absorbé dans sa lecture et dans le commentaire de nouvelles politiques dont il n'avait pas déchiffré le premier mot; mais, en réalité, le pauvre homme écoutait son cœur battre, et n'osait prononcer un mot, de peur de laisser voir l'anxiété qui le torturait.
Wolff entra, résolu, grave, décidé à tout subir, mais ne sachant trop ce qu'il allait dire. Dès que M. Arnold l'aperçut:
—Marguerite, dit-il, viens dans ma chambre, j'ai à te parler.