—Impossible! demandez à M. Wolff qui s'est en allé le désespoir dans l'âme! demandez à ces pauvres enfants qui se sont aperçus qu'ils s'aimaient, quand leur séparation est devenue fatale! Est-ce que je ne l'ai pas rapportée morte dans sa chambre, le soir où M. Wolff lui a conseillé de se sacrifier pour vous? Est-ce que je n'ai pas entendu M. Wolff pleurer toute la nuit? Vous avez fait le malheur de ceux que vous aimiez, et vous voulez que je ne vous garde pas rancune! Mais si je ne vous aimais pas, monsieur, j'aurais été capable de vous tuer.

M. Arnold réfléchit et comprit. Il tomba sur un siége et se couvrit le visage de ses deux mains:

—Oh! malheureux que je suis! J'ai été lâche! Et ma femme, qui a vu cela dans le ciel, comme elle a dû me mépriser!

Quand il rencontra sa fille, M. Arnold l'attira à l'écart:

—Pardonne-moi, ma bonne Gertrude, lui dit-il en fléchissant le genou, j'ai été aveugle et sourd, je n'ai rien vu, je n'ai rien deviné. Tu souffres pour moi, pardonne-moi, car je ne me pardonnerai jamais.

Gertrude essaya de le calmer, et fit mentir son regard, n'osant pas mentir elle-même.

—Marguerite m'a tout dit, ajouta Arnold, et je vois clair maintenant. Tu aimais notre...

Gertrude l'interrompit.

—Je n'aime que vous, mon père, et vous me ferez de la peine si vous êtes triste encore.

—Vois-tu bien, s'écria assez spirituellement M. Arnold, vois-tu bien que tu n'aimes pas ton mari!