—Hélas! je n'ai donc pas assez souffert.
—Mais Dieu ne veut pas que vous souffriez davantage, reprit Wolff, avec une résolution qui frappa madame Gottlieb. Tout le monde vous croit morte, Gertrude, restez morte pour tout le monde et ne vivez que pour moi!
—C'est impossible, Dieu ne m'a pas déliée de mon serment.
—Mais ce lâche abandon de votre mari?
—Mon honneur ne dépend pas de mon mari; il dépend de moi seule.
—Marguerite nous gardera le secret; fuyons.
—Ah! monsieur Wolff, pourquoi êtes-vous venu? dit d'un ton de supplication touchante Gertrude effrayée. J'avais gardé de votre courage et de votre fidélité au devoir un si bon souvenir! Ne gâtez pas notre passé de confiance et de joie pure. Retirez-vous, mon ami. Vous avez cru venir dans la chambre d'une morte; vous ne pouvez pas rester dans la chambre de madame Gottlieb.
Tout cela fut dit d'une voix douce et ferme, avec une simplicité adorable. Wolff se sentait dominé par cette innocence; il se tut pendant quelques instants, se consulta; l'orage qui grondait en lui s'apaisa sous sa volonté; il fut jaloux de Gertrude, et élevant son sacrifice à la hauteur de celui de la jeune femme:
—Vous avez raison, madame, lui dit-il avec tristesse, nous n'avons pas encore assez souffert, la mort nous unissait, la vie nous sépare. Adieu.
Il fit un pas pour sortir; mais s'arrêtant tout à coup: