—Je vais retrouver mon mari, répondit Gertrude. Je vais le consoler, ajouta-t-elle en souriant.

—Mais vous êtes si faible.

—M. Wolff m'accompagnera jusque-là. Ne sois pas inquiète, Marguerite, et attends-nous!

Marguerite n'essayait plus de comprendre. Les émotions de la journée et celle qu'elle venait de ressentir par surcroît l'étourdissaient et l'accablaient. Elle tomba dans un fauteuil, et dit avec un soupir de lassitude:

—Jésus, Marie! que vais-je encore voir cette nuit!

Madame Gottlieb, affermissant son pas, descendit l'escalier et sortit de la maison, appuyée au bras de Wolff. La nuit était belle et douce, on était au printemps; la lune éclairait, et répandait comme une tenture argentée au-devant de Gertrude; une brise légère soulevait les extrémités de son voile et les faisait flotter comme des ailes.

—L'air des vivants a encore des douceurs pour moi, dit la jeune femme. Je respire plus à l'aise: je crois, monsieur Wolff, que je suis guérie!

Wolff ne répondit rien. Il pensait que la route n'était pas longue à parcourir; qu'ils seraient bientôt arrivés à la maison du faubourg; que M. Gottlieb reprendrait son bien, et qu'il se retrouverait seul, lui, avec son amour et ses regrets.

—Voyez donc, monsieur Wolff, comme les étoiles sont éclatantes! disait Gertrude; quelle nuit! Dans quelle étoile serais-je allée, si j'étais morte? Vous qui êtes un savant, vous me direz cela.

Wolff cherchait vainement des mots. Il regardait les étoiles avec Gertrude et soupirait. Son cœur battait dans sa poitrine; encore quelques minutes, et il devait laisser échapper pour jamais le rêve qu'il escortait.