TABLE DES MATIÈRES
[SIR OLLIVER A LA RECHERCHE DES ÉMOTIONS.]
CHAPITRE.I.[—Vue de face, de profil et de trois-quarts d'un loup de mer]
II.[—Un voyageur difficile à contenter]
III.[—Où sir Olliver est presque au comble de ses vœux]
IV.[—Où les événements dépassent les vœux de sir Olliver]
V.[—Comment sir Olliver ressentit enfin une émotion, et ce qui s'ensuivit]
VI.[—Comment l'île des Rêves courut le risque de changer de nom]
[COMMENT LE BIEN VIENT EN AIMANT.]
CHAPITRE.I.[—Les ruines dans le paysage, et au point de vue du sentiment]
II.[—Où l'on démontre les ennuis de la pauvreté]
III.[—Ce que rapporte une politesse bien placée]
IV.[—Où l'on donne une excellente méthode pour devenir un coquin]
V.[—Ce que coûtent une chaumière et un cœur]
VI.[—Où la vertu n'obtient que ce qu'elle mérite]
VII.[—Où l'on dégage la moralité de l'histoire]
[LE PRINCE BONIFACIO.]
CHAPITRE.I.[—Où l'on prouve qu'il est difficile à un père de contenter tout le monde et son fils]
II.[—Où l'on apprend ce qu'un savant ne sait jamais]
III.[—La politique du sentiment et le sentiment de la politique]
IV.[—Une crise ministérielle]
V.[—Les utopies du docteur Marforio]
VI.[—Comment le docteur Marforio livra son secret]
VII.[—Où la fortune du docteur Marforio atteint son apogée]
VIII.[—Où l'on démontre que les plus grands savants ne peuvent pas tout prévoir]
IX.[—Où les ministres commencent à travailler]
X.[—Où les ministres font le bonheur du peuple, en n'y travaillant plus]
XI.[—Où le conteur règle ses comptes]
[LES INFORTUNES D'UNE DAME DE CŒUR.]
CHAPITRE.I.[—Une bonne éducation]
II.[—Où l'on prouve que toutes les dettes de jeu ne sont pas des dettes d'honneur]
III.[—Parallèle entre le suicide et le mariage]
IV.[—Un ménage honnête]
V.[—L'infidèle par fidélité]
VI.[—Une conversion]
VII.[—Où l'on montre la clef de cette histoire]
[UNE HISTOIRE DE REVENANT.]
CHAPITRE.I.[—Le veuvage de Philémon]
II.[—Comme quoi les peureux peuvent faire trembler]
III.[—Le Paradis perdu]
IV.[—Roméo et Juliette]
[COMMENT L'ILE DES RÊVES PERDIT SES HABITANTS.]

FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES.


[SIR OLLIVER A LA RECHERCHE DES ÉMOTIONS.]


[I]

[Vue de face, de profil et de trois quarts d'un véritable loup de mer.]

Le Cyclope était un magnifique navire, appartenant à MM. Poussin et Cie, armateurs au Havre. Il n'avait pas été lancé à la mer un vendredi, ni à la date du 13. Rien ne lui avait donc porté malheur; et depuis une quinzaine d'années qu'il naviguait, il faisait la fortune de son propriétaire, la joie des matelots qui le servaient, et l'orgueil du capitaine Michel qui le commandait.

Le capitaine Michel passait pour un véritable loup de mer. Cela ne veut pas dire qu'il fût plus féroce qu'un mouton, et que le Petit Chaperon-Rouge eût couru avec lui d'autres dangers que celui de voir manger sa galette; car on sait que les loups de mer ressemblent aux loups de terre comme les veaux marins ressemblent aux veaux de la prairie, et même aux veaux de M. Troyon. Le capitaine était donc un brave homme de loup; il avait, à quelque distance du Havre, dans une jolie petite maison, aux trois quarts payée par ses économies, laissé la louve, sa femme, sous les traits de la meilleure mère de famille. Madame Michel élevait deux filles dans la crainte de Dieu et de l'Océan; et le capitaine aspirait après le moment où il placerait la dot de ses héritières, les véritables patrons qui le fissent naviguer. Jusqu'à ce jour-là, il faisait son métier honnêtement, ponctuellement. Personne ne surveillait mieux que lui la manœuvre. Rigide envers les matelots, toujours le front plissé quand il commandait, il s'enfermait dans sa cabine pour baiser les lettres de sa femme et les petites pattes de mouche de ses filles. On ne l'avait jamais vu pâlir devant une tempête; mais il savait bien, lui, pourquoi ses cheveux avaient grisonné si vite, et, malgré sa reconnaissance tempérée pour la mer, il s'était bien juré, s'il avait jamais un fils, de lui interdire les voyages au long cours.

Le ciel, qui entretenait des intelligences secrètes avec la bonne madame Michel, n'avait pas voulu mettre le marin dans le cas de tenir un serment injurieux pour sa profession; aussi ne lui avait-il envoyé que des filles. Mais le capitaine Michel, pour ne pas en avoir le démenti, avait juré alors que jamais ses filles n'épouseraient un marin. C'était une façon indirecte de persister dans son serment et dans cette rancune obligée que nous avons tous, plus ou moins, contre notre plus chère profession.