—Mes sujets sont de mauvais sujets, répondit l'Anglais en souriant. S'ils me forcent à remplir mon programme, je déclare le gouvernement impossible, et j'abdique.
—Soit, interrompit madame Vernier, abdiquez; mais alors, vous retombez dans la foule, et vous devez le payement de l'impôt, au profit de la communauté.
—Allons, je vois que je n'échapperai pas, reprit l'Anglais. A demain donc, mesdames, le récit assez peu circonstancié de mes aventures.
Sur ces mots, chacun se leva pour la promenade. Il n'était personne qui ne fût ému. Frantz et Carolina avaient sans doute à repasser entre eux, à vérifier et à rectifier les détails du récit du jeune Allemand. Ottavio marchait toujours avec son rêve. Madame Julie Vernier, qui, sans en parler à personne, s'était mise à la recherche des quelques mots anglais qu'elle eût appris autrefois, avait besoin de solitude pour étudier sa leçon, avant de demander un examen et une interrogation à sir Olliver. Ce dernier, qui perdait de jour en jour de sa misanthropie et qui commençait à trouver que la vie avait encore quelques bonnes promesses à faire, était allé mesurer et écorner les provisions. Stanislas resta seul avec Dolorida Mendez.
—Ne vous éloignez pas, madame, lui dit-il avec émotion.
—Est-ce que vous auriez un récit particulier à me faire? demanda l'Espagnole. Ce serait un vol à la communauté, je vous en préviens.
—Non, madame, répondit le jeune peintre; je n'ai rien à vous dire que vous n'ayez deviné. Est-ce pour flatter cet Allemand sentimental que vous lui avez avoué votre prétendue conversion?
—Je hais trop les flatteurs pour aimer la flatterie, repartit Dolorida. J'ai dit, comme toujours, la vérité.
—Ainsi, vous retournerez en Espagne?
—Probablement, monsieur.