Les trois dames s'étaient levées, les deux fumeurs s'étaient rapprochés; on se salua avec des sourires; les circonstances de la rencontre étaient si extraordinaires, qu'on eût passé volontiers par-dessus les formules de la présentation officielle; mais Stanislas connaissait son Anglais.

—Mesdames, reprit-il avec la gravité d'un chambellan, je vous présente le roi de cette île; c'est à lui que vous devez l'hospitalité.

—J'ai abdiqué, interrompit sir Olliver.

—Oh! vous avez des droits et nous les respectons, continua le peintre; d'abord, vous êtes Anglais: toute île nouvellement découverte doit vous appartenir. Et puis, vous êtes seul de votre parti: vous avez au moins l'unité de vues et d'action. Nous, nous sommes une bigarrure; je craindrais l'anarchie: c'est nous qui abdiquons, n'est-ce pas, mesdames?

L'Allemande ne paraissait pas comprendre la plaisanterie.

L'Espagnole souriait avec une petite coquetterie fière et dédaigneuse.

Quant à la Française, elle répondit:

—Il faudrait d'abord savoir quelle constitution monsieur veut nous donner.

—Voilà bien une échappée de Paris, s'écria Stanislas sur le ton d'une indignation comique. Je vous préviens, belle dame, qu'il n'y a pas ici de principes de 89.

—Qu'en savez-vous? repartit la Française, en riant aux éclats.