—Au fait, il ne serait pas plus invraisemblable de les trouver affichés au coin d'un bois, qu'il ne l'était de rencontrer monsieur.

—Et puis je tiens à savoir si les rois de cette île ne sont pas des anthropophages.

—Oh! pas si anthropophages que vous, belle coquette, repartit lestement le peintre. Monsieur est un souverain constitutionnel; quand il lui arrive de croquer ses sujets, c'est par respect pour l'opinion autant que par galanterie pour ce qui est à croquer.

—Prenez garde à vous, madame, dit sir Olliver qui s'amusait de la plaisanterie.

—Maintenant, sire, permettez-moi, continua Stanislas, de vous présenter vos sujets par province: voici l'Allemagne avec deux députés, madame Carolina Brenner, jeune veuve de vingt ans qui a été piquée par une aiguille à tricoter de madame Ida Pfeiffer, et qui fait le tour du monde pour utiliser son veuvage, et instruire M. Frantz, ici présent. Voici la plus loyale et la plus candide figure de philosophe allemand qui ait jamais apparu à travers les nuées du tabac. Ne rougissez pas, Frantz; et vous, sire, quand vous aurez besoin d'un ministre de la logique ou de l'esthétique, prenez monsieur. Voici madame Julie Vernier, autre veuve, mais Française, dont l'esprit vous a déjà sauté aux yeux et à la gorge. Madame a un grand défaut que j'ose confesser en son nom: elle dépoétise les rossignols, et chante de façon à les humilier. Elle sera la prima donna de votre théâtre royal. J'ignore le nom que Votre Majesté a donné à cette île.

—Je l'ai appelée l'île des Rêves.

—Joli nom!... mais qu'il faut changer contre celui d'île des Veuves, car madame Dolorida Mendez est aussi une veuve...

—Pas encore! interrompit l'Espagnole avec un singulier soupir.

—Oh! comme vous avez bien dit cela! mais ce pas encore prouve toute la justesse de mes paroles. Vous êtes veuve par les élans du cœur, señora, et par la distance. Je me souviendrai de votre pas encore! Voici mon ami Ottavio. Celui-là est un proscrit volontaire; il subit le plus dur, le plus cruel des exils, celui dont on ne peut pas revenir, et que la conscience impose; il est veuf, mais sa fiancée n'est pas morte, n'est-ce pas, mon Roméo? Elle l'attend silencieuse, dans sa prison, dans son tombeau; quelque jour peut-être, une épée française se glissera sous ce marbre et le soulèvera. J'irai à ta noce, mon ami Ottavio, ajouta Stanislas d'une voix émue et en serrant la main de l'Italien.

—Je ne comprends pas, dit l'Anglais.