—J'aimerais mieux pendant la sieste, dit l'Espagnole.

—Ce serait une lutte inégale pour moi. Déjeunons, dormons, et quand l'ombre des tamarins s'allongera dans la prairie, comme disent les historiens de la nature, je vous convoquerai et je vous lirai mon histoire.

—Votre histoire? demanda l'Anglais.

—Je veux dire, sir Olliver, l'histoire que j'ai écrite, mais dont je ne suis pas le héros.

On convint de l'heure et du lieu du rendez-vous; et cette grave affaire délibérée, la colonie se livra aux soins poétiques de son ménage idéal. Puis, quand le soleil fut aux deux tiers de sa course, on se réunit, non loin de la mer, sous de frais ombrages. Les dames, sans se concerter, avaient apporté chacune un peu de coquetterie dans leur toilette. Le regard a des distractions pendant une longue lecture, et madame Julie Vernier avait déjà remarqué que sir Olliver la regardait souvent.

La señora Dolorida s'était livrée aux mêmes réflexions touchant Stanislas Robert, et elle avait mis dans ses cheveux une fleur d'un rouge admirable, qui devait inquiéter et interrompre le lecteur. Quant à madame Carolina Brenner, elle s'était couronnée de longues herbes qui lui donnaient l'aspect d'une muse ou d'une naïade.

On se coucha sur le gazon. La mer, bleue et unie, s'étendait au loin. Par un regard rapide, dont nul ne fit confidence à son voisin, chacun des assistants plongea dans l'horizon, mais n'eut pas l'air désappointé de n'y distinguer aucune voile.

Stanislas Robert, plus hardi que les autres, osa seul exprimer tout haut le sentiment secret des assistants.

—Ah ça! personne ne viendra m'interrompre, dit-il, et faisant à son regard un abri avec sa main il examina la mer et tous les sommets de l'île.

—Nous sommes bien seuls, je puis commencer.