Un grand silence se fit; Ottavio roula une cigarette; sir Olliver mit son lorgnon dans l'œil pour mieux entendre, et le peintre déroula son manuscrit.

—Je vous épargne la préface, dit-il. Je ne vous dirai pas encore pourquoi j'ai écrit cette histoire. Supposez, si vous voulez, que la crainte de mal vendre en Australie mes tableaux champêtres m'a fait choisir pour mes voyages une profession accessoire qui n'exige fort heureusement ni étude, ni préparation, ni patente, et que, pensant trouver des journaux dans cette mine d'or où l'on commence à se faire la guerre, j'ai préparé en route ce roman qui traite de la question financière et de la question de sentiment, pour plaire aux lectrices de ce vilain monde.

—Mais c'est une préface en règle que vous nous débitez là, s'écria madame Vernier.

—Parbleu! puisque je vous prévenais que vous n'en auriez pas.

—Et une préface sournoise, qui ne dit pas la vérité...

—Comme toutes les préfaces.

—Ah! traître, vous êtes un écrivain!

—Suspendez votre jugement jusqu'à la fin de mon histoire.

Et Stanislas toussa trois fois, prépara sur ses genoux les feuillets de son manuscrit, et d'une voix flûtée, insinuante, qui voulait capter l'auditoire, il commença ainsi: