—Gérard! Gérard!
—Ah! laissez-moi parler, Angèle, car je souffre cruellement. Il ne sait pas le mal qu'il nous a fait, ce vieillard, en admirant notre joie, notre amour, notre bonheur. J'étais un pauvre artiste; vous m'avez applaudi, accueilli, encouragé; vous étiez, par votre fortune, par votre position, une grande dame, riche, titrée. J'ai pris votre intérêt pour de l'affection. Vous m'avez laissé espérer votre main, par orgueil peut-être, pour défier ce monde qui nous provoquait. Dieu m'est témoin que j'étais bien heureux. Mais, depuis quelques jours, je surprends dans votre amour des scrupules étranges. Vous êtes rêveuse. Un ennemi invisible, mais effroyable, s'est glissé entre nous. J'aurai le courage de le nommer, Angèle, c'est l'ennui; vous vous ennuyez.
—Peut-être! mais seulement quand vous parlez ainsi. Vous êtes fou, Gérard!
—Oui, comme ce vieillard, n'est-ce pas?
—Non, comme un enfant, au contraire. Vous autres, artistes, vous empruntez aux femmes leurs nerfs et leurs vapeurs. Vous êtes d'une coquetterie, d'une susceptibilité incroyables. Vous parlez d'orgueil! le mien baisse pavillon devant le vôtre. Qu'est-ce qui me retient auprès de vous, mon ami? Je suis veuve, je suis libre, j'ai une fortune qui me rend indépendante. Je brave la méchanceté. Si je vous ai suivi, c'est que je vous aimais; si je reste, c'est que je vous aime.
—Est-ce bien vrai, Angèle, ce que vous dites là?
—Non, j'ai menti! Je ne vous aime pas. Allons, Gérard, taisez-vous!
Et la jeune femme mit sa main sur les lèvres du jeune homme. Celui-ci retint vivement cette main, qu'il couvrit de baisers.
Quelques promeneurs aperçurent ce geste.
—Voilà des amoureux, disait-on.