—Ainsi, rien ne vous retient plus à Bade?
—Rien, ou peu de chose.
—Quel est ce peu de chose?
—Des comptes à régler, des dispositions à prendre pour satisfaire à la volonté du baron.
—Je croyais que toute votre fortune était en portefeuille, et que vous n'aviez qu'à l'emporter avec vous, dit négligemment madame de Bligny, comme s'il se fût agi d'une bagatelle.
—Sans doute, répondit Gérard, qui se laissait entraîner sur une pente fatale, mais qui ne se croyait pas coupable en s'imaginant qu'on lui ôtait la volonté.
—Eh bien! alors, puisque vous portez, heureux Bias, tout avec vous, enlevez-moi par surcroît et allons nous marier!
Angèle était d'une grâce irrésistible en parlant ainsi. Elle avait dans les yeux cet éclair à demi voilé de la provocation mutine.
Gérard fut vaincu. Comme M. Rosenheim n'avait pas donné signe de vie, il en conclut subitement qu'il était mort. Il lui était si facile de tuer son mandarin! Quant à l'héritier, pouvait-il le connaître? l'aller chercher?
—Vous avez raison, Angèle, s'écria-t-il avec force, comme s'il eût craint qu'on ne l'entendit pas; mais, en réalité, pour ne pas entendre les derniers et timides chuchotements de sa conscience. A quoi bon différer un bonheur qui ne dépend que de nous! partons. Je vais commander les chevaux. Dans une heure, nous serons en route; demain, si vous le voulez, nous serons mariés.