Gérard écartait la foule et sortait du salon sans entendre. Quand il fut dehors, il chancela et fut obligé de s'asseoir sur les marches du perron.

—Il est arrivé, disait-il; voilà l'expiation! Eh bien, j'aime mieux qu'il en soit ainsi. Je serai plus libre de mourir, quand j'aurai tout restitué.

Après quelques minutes de repos, il rassembla tout son courage et parvint en se traînant, en s'arrêtant à chaque pas, en s'appuyant aux murailles, jusqu'à l'hôtel d'Angleterre. Le même maître d'hôtel, qui lui avait donné, quelques semaines auparavant, une si violente émotion, vint encore, avec le même sourire, au-devant de lui.

—M. Rosenheim! hurla Gérard qui s'était préparé, pendant toute la route, à articuler ce nom.

—Il est ici, monsieur, répondit l'infaillible maître d'hôtel.

—Conduisez-moi vers lui, murmura le pauvre artiste qui craignait de tomber raide mort.

—Ah! M. Rosenheim! ce voyageur arrivé de France! Je confondais avec un autre, reprit le prototype du maître d'hôtel. Il était ici il y a une demi-heure; mais comme il a appris que M. Gérard, son ami, n'habitait plus Bade, il a pris le premier convoi du chemin de fer, et maintenant il doit être arrivé à X..., où ils avaient hâte d'arriver.

—M. Rosenheim n'était pas seul, n'est-ce pas?

—Non, monsieur, ils étaient deux.

—C'est bien cela, se dit Gérard qui se dirigeait vers la porte. Il avait avec lui un jeune homme?