Le bon docteur, plein d'anxiété, suivait toutes les phases de ce sommeil tourmenté, enfin il fit boire un calmant au malade, dont la respiration se détendit et qui bientôt s'éveilla sans effort. La fièvre cessa, grâce aux soins assidus du médecin compatissant qui s'était pris pour le pauvre ouvrier d'une grande amitié; aussitôt qu'il fut convalescent, il lui prêta les ouvrages de Tournefort, un de nos célèbres naturalistes français, et comme Charles se récriait d'admiration en en parlant au docteur:

--Vous surpasserez un jour sa renommée, s'écria celui-ci.

--Oh! que me dites-vous là! répondit l'enfant.

--Je dis, mon jeune ami, que j'ai lu vos cahiers, parcouru vos herbiers, et que vous serez un jour le premier naturaliste du monde.»

Charles le regarda d'un air de doute et de tristesse:

«Ne me raillez-vous pas? lui dit-il.

--Moi! répliqua avec feu l'excellent docteur Rothman; mais que pensez-vous là? je vous emmène avec moi, vous allez finir librement vos études à l'université de Lund, et avant peu, j'en suis sûr, vous serez professeur vous-même.»

La prédiction du bon docteur s'accomplit; à quelques années de là, la chaire de botanique de l'université d'Upsal retentissait du merveilleux enseignement du jeune professeur Charles Linné!

MOZART