Le lendemain, l'enfant de génie était mandé au Vatican: le pape avait désiré le voir. Il traversait d'un pas léger et tranquille ces vastes et magnifiques salles que Raphaël a décorées, et son oeil bleu, intelligent et fier, s'arrêtait avec admiration sur les fresques immortelles dont nos jeunes lecteurs peuvent voir de belles copies au Panthéon.

Après avoir erré et attendu dans ces salles où l'attente est si facile à l'esprit, il fut introduit dans le cabinet du pape. Deux attachés de l'ambassade d'Autriche le suivaient. Clément XIV lui tendit son anneau à baiser et lui dit avec bonté:

«Est-il vrai, mon enfant, que ce chant sacré, réservé jusqu'ici pour notre seule basilique de Rome, se soit gravé dans votre mémoire à la première audition?

--C'est la vérité, saint-père.

--Et comment cela se peut-il?

--Sans doute par la permission de Dieu, répliqua naïvement le jeune artiste.

--Oui, c'est Dieu qui fait le génie, reprit le saint-père, et vous êtes évidemment, mon fils, un de ses élus. Si Dieu a permis que vous pussiez vous approprier miraculeusement ce chant, c'est que, sans doute, vous êtes destiné à en créer pour l'Église d'aussi beaux, d'aussi religieux dans l'avenir. Allez donc en paix, mon enfant.» Et il lui donna sa bénédiction, à laquelle furent ajoutés, par son ordre, de riches présents.

Cet enfant prodigieux fut Mozart, l'auteur de tant de chefs-d'oeuvre, parmi lesquels il n'est personne qui ne connaisse Don Juan et la messe de Requiem. Dès l'âge de trois ans, son père lui avait appris les premières notions musicales, et il en avait à peine six, qu'il exécutait des morceaux de clavecin devant l'empereur François Ier d'Autriche, qui le surnomma son petit sorcier, et l'associa aux jeux de l'archiduchesse Marie-Antoinette, encore enfant.

Durant ce voyage d'Italie, où nous venons de le voir à Rome donner une preuve si éclatante de son génie naissant, Mozart s'arrêta d'abord à Bologne pour voir le maëstro Martini, si célèbre dans la science du contre-point. Cet harmoniste consommé fut confondu, selon sa propre expression, des éclairs que lançait cette jeune tête, et il lui prédit avec assurance la gloire qui la couronna plus tard.

L'académie des Philharmoniques de Bologne, désirant s'associer le jeune Allemand, lui fit subir l'épreuve imposée aux récipiendaires: il fut enfermé dans une chambre où il trouva le thème d'une fugue à quatre voix. En une demi-heure le morceau fut composé, et Mozart reçut son diplôme. Personne, à son âge, n'avait obtenu avant lui cette marque de distinction.