LA CHÂTELAINE. Quel scandale!
BERTRAND. Ecoutez. Pour fuir il me fallait une monture: j'aperçois dans la campagne un laboureur; je cours à la charrue, j'en dételle une jument, j'enfourche, je pique des deux, malgré les cris et les lamentations du rustre ébahi, auquel je réponds par des éclats de rire, et, sans selle ni bride, j'ai galopé jusqu'à Rennes. Maintenant, hébergez-moi, car j'ai grand appétit et suis fort las.
LE CHEVALIER. Viens donc changer d'habits et te mettre à table; puis nous parlerons de ce que tu as à faire; je te donnerai des conseils.
BERTRAND. Merci, cher oncle! N'est-ce pas que vous m'apprendrez à faire des armes?
LA CHÂTELAINE. Votre indulgence achèvera de le perdre.
SCÈNE III.
Une place publique devant la maison du chevalier de La Motte.
BERTRAND, seul.
BERTRAND. Comme mon oncle est bon pour moi! Il m'a montré ses chevaux et ses armes. Oh! ses armes, qu'elles sont belles! Je serai heureux ici! Ma tante me gêne bien un peu; n'importe, je lui obéirai pour vivre auprès de mon oncle. Mais quel est ce grand écriteau qu'on a planté là? Si je savais lire.... Une épée et un beau casque à plumes le couronnent; c'est sans doute quelque prix d'armes. Voilà un enfant qui passe; il saura peut-être ce que cela veut dire. (L'appelant.) Mon ami, qu'y a-t-il sur cet écriteau?