FRANCESCO, entrant tout haletant. Femme, me voici de retour de la ville. Je suis accablé de fatigue.
RITA. Apportes-tu du moins quelque bonne nouvelle?
FRANCESCO. Eh! non; une bonne nouvelle m'aurait fait oublier la marche, et je ne me plaindrais pas.
RITA. Que t'ont dit ces messieurs du tribunal?
FRANCESCO. Ce qu'ils disent si souvent au pauvre quand il demande justice: qu'il faut d'abord déposer de l'argent pour les premiers frais, et puis qu'on fera des poursuites.
RITA. C'est une horreur! déposer de l'argent pour qu'on arrête ces brigands qui dévastent le pays, qui enlèvent nos bestiaux et nous dépouillent de tout! Mais à qui nous adresserons-nous, si l'autorité ne nous protège pas? Il faudra donc fuir ce canton, abandonner l'héritage de ton père et chercher à vivre ailleurs?
FRANCESCO. J'ai dit tout cela aux gens de la justice. Je leur ai raconté comment l'autre jour, tandis que notre petit Filippo gardait le troupeau au pied des Apennins, des brigands fondirent sur la plaine et profitèrent du moment où l'enfant s'était éloigné pour s'emparer de nos plus beaux agneaux et de nos jeunes chevreaux. Heureusement les mères étaient à la bergerie, sans cela nous étions ruinés.
RITA. Plus heureusement encore, Francesco, notre fils n'était pas là; car il serait tombé entre les mains des brigands, et peut-être l'auraient-ils tué.... La sainte madone l'a protégé.
FRANCESCO. Voilà comme tu excuses toujours sa paresse, Rita. Si Filippo n'avait pas quitté le troupeau, il aurait appelé au secours en voyant venir les brigands; je serais accouru, et nous n'aurions rien perdu.
RITA. Je l'ai grondé comme toi, Francesco; je lui ai recommandé d'être plus attentif. Mais, tu le vois, notre fils ne peut se soumettre à garder les bestiaux, à labourer la terre; il aime à être seul, et, aussitôt qu'il pense qu'on ne le voit pas, il s'amuse à tracer sur la terre des figures d'hommes, des arbres, des moutons. Peut-être notre enfant est-il destiné à une autre existence que la nôtre.