Dès lors la vie du petit Jacques devint un combat plein d'ardeur. Le grand pain qu'il recevait chaque semaine de Melun assurait sa subsistance; il put ajouter quelques fruits et quelques légumes à ce pain du pays, et s'acheter un habit avec les petits gages que lui avait régulièrement assurés la bonne dame; il put, bonheur plus grand, s'acheter quelques livres! Il était bien pauvre encore! mais il était riche d'espérance, riche du savoir qui s'ouvrait pour lui; il ne songea pas à envier la fortune de ses condisciples, il ne songea qu'à les surpasser tous dans ses études.

Ce fut un exemple admirable que celui que donna ce pauvre enfant du peuple, servant les autres aux heures des récréations, et aux heures des leçons se montrant le plus empressé au travail. Il prenait même sur ses nuits pour étudier, et n'ayant pas de lumière, il lisait et écrivait à la lueur de quelques charbons embrasés! Il fit bientôt de rapides progrès dans l'étude de la langue latine, mais il voulut plus encore; il voulut apprendre cette belle langue grecque, qu'à peine quelques savants connaissaient alors en France. Les plus célèbres ouvrages de la littérature grecque ne s'imprimaient à Paris que depuis vingt ans, ces livres étaient très-chers, et le petit Jacques était bien pauvre; mais la vigueur de sa volonté suppléait à tout. A force de travail il parvint à comprendre le grec. Il suivit d'abord les cours de Bonchamps, dit Évagrius, professeur de ce temps; et bientôt le roi François Ier ayant institué une chaire de grec où deux habiles érudits, Jacques Thusan et Pierre Danès, furent chargés sous le nom de lecteurs royaux d'enseigner l'un la poésie et l'autre la philosophie de l'antiquité, on vit Jacques assidu à leurs leçons, interrogé par eux, les étonner et les éblouir. Ils confessèrent enfin qu'ils n'avaient plus rien à apprendre au merveilleux écolier qui, désormais, saurait aussi bien qu'eux commenter Platon, Démosthènes et Plutarque.

Un jour ils l'examinèrent en présence de François Ier et de sa soeur Marguerite de Navarre, qui, elle aussi, savait le grec. Le roi et la princesse émerveillés de son savoir le comblèrent de louanges et déclarèrent qu'ils prenaient sous leur protection le jeune Jacques Amyot, une des gloires futures de la France.

Le lendemain de cet heureux jour, les bateaux de Melun déposèrent à Paris un pauvre homme et sa femme vêtus des humbles habits des artisans de ce temps. C'étaient la mère et le père de Jacques Amyot.

«Oh! mon cher fils, lui dit sa mère en le pressant sur son coeur; je t'amène ton père qui t'a pardonné et qui est bien fier de toi!»

AGRIPPA D'AUBIGNÉ

NOTICE SUR AGRIPPA D'AUBIGNÉ.

Théodore-Agrippa d'Aubigné naquit à Saint-Maury, près de Pons, en Saintonge, le 8 février 1550, d'une famille très-ancienne, qui avait embrassé la réforme des calvinistes. Sa mère mourut en le mettant au monde, ce qui lui fit donner le nom d'Agrippa, ægre partus (né difficilement); il reçut de son père une forte et savante éducation; à six ans, il lisait déjà le latin, le grec et l'hébreu.