Note 1:[ (retour) ] Petit-fils du premier imprimeur de ce nom.

L'enfant hocha la tête pour dire qu'il était bien sûr de lui, et remit avec un sourire d'espérance son cahier à Henri Étienne.

Maître Béroalde le précepteur se leva, prit le gros volume grec qui était sur la table, et s'étant incliné:

«Je suis aux ordres de M. Étienne,» dit-il, et ses yeux se fixèrent sur la page ouverte.

Le célèbre imprimeur commença la lecture du cahier de l'enfant, dont les boucles blondes se jouaient sur l'épaule de son père tandis qu'il écoutait.

Ce n'était point un conte de fée, ce n'était point un thème facile et court qu'Henri Étienne, le typographe le plus renommé de l'époque, était venu collationner avec tant d'attention: c'était un des fameux dialogues de Platon, le Criton, que le petit Agrippa d'Aubigné s'était exercé à traduire «Bien, très-bien! disait le savant imprimeur à mesure qu'il lisait.

--Merveilleux! s'écriait le précepteur, qui suivait sur le texte grec; il a deviné le génie de la langue de Platon et s'en est souvent approprié les expressions.»

A ces éloges, l'enfant regardait son père et semblait lui demander s'il était satisfait. Le seigneur d'Aubigné restait muet, mais quelques larmes roulaient dans ses yeux baissés et avaient grand'peine à ne pas en jaillir. Quand la lecture fut terminée, il embrassa tendrement son fils et lui dit:

«Je tiendrai la promesse que je t'ai faite, Agrippa; notre ami Henri Étienne emportera ton manuscrit à Paris, et l'imprimera avec ton portrait en tête.

--Ce sera fait prestement, ajouta Henri Étienne, et l'âge de notre cher petit traducteur sera indiqué dans une préface que j'écrirai moi-même. Quant au portrait, je vous enverrai un de nos meilleurs graveurs, pour qu'il le fasse ici même d'après le modèle.»