«Frappé? dit-il.

--A mort, répondit le chef des huguenots.

--Ah! pourquoi Dieu m'a-t-il laissé vivre, s'il devait vous faire mourir? murmure Agrippa désespéré.

--Pour que tu continues notre race, dit le mourant que ses soldats entourent. Allons, Agrippa, prends ma place et remplis-la bien; rends-toi redoutable par l'épée et par la plume, mon brave enfant.»

Il expira en prononçant ces mots.

Le jeune Agrippa d'Aubigné étendit ses bras sur la tête auguste de son père, et là, en face du ciel, à la voix des canons qui grondaient sur ce mort sacré dont l'oeil le regardait encore, il fit un serment d'héroïsme qu'il tint glorieusement. Cet enfant devint le compagnon de guerre d'Henri IV, et lui aida à reconquérir son royaume.

PIERRE GASSENDI

NOTICE SUR GASSENDI.

Pierre Gassend, connu sous le nom de Gassendi, mérite une première place dans le rang des philosophes: Antiquaire, historien, biographe, physicien, naturaliste, astronome, géomètre, anatomiste, prédicateur, métaphysicien, helléniste, dialecticien, écrivain élégant, érudit, et critique consommé, il a parcouru le cercle des sciences et des arts, à l'époque de leur renaissance encore indécise. Gassendi naquit au village de Chantersier, près de Digne en Provence, le 22 janvier 1592. Ses parents n'étaient pas riches, mais remarquant les heureuses dispositions de leur enfant, ils voulurent qu'une bonne éducation les développât. Ce fut un des enfants les plus précoces qu'on ait connus: à quatorze ans il débitait de mémoire de petits sermons et se dérobait pendant la nuit à la surveillance de ses parents pour observer les astres. A dix ans il harangua l'évêque de Digne, Antoine de Boulogne, qui faisait sa visite pastorale dans le pays. Celui-ci émerveillé prédit à l'enfant qu'il serait un jour un homme célèbre. Gassendi recevait alors des leçons du curé de son village, puis il allait étudier seul à la lueur de la lampe de l'église. Il apprit la rhétorique à Digne et il étudia la philosophie à Aix. A seize ans il obtint la chaire de rhétorique à Digne, puis, comme il se destinait à l'état ecclésiastique, il retourna à Aix apprendre la théologie; il prit le bonnet de docteur à Avignon et fut nommé prévôt du chapitre de cette ville. A vingt et un ans il obtint à la fois la chaire de théologie et de philosophie.

Ses lectures favorites étaient Sénèque, Cicéron, Plutarque, Juvénal, Horace, Lucien, Juste Lipse, Érasme; ses loisirs étaient souvent employés à des travaux anatomiques et astronomiques. Pourvu d'un bénéfice à la cathédrale de Digne, Gassendi donna en 1623 la démission de sa chaire pour se livrer avec plus de liberté à ses travaux scientifiques. Dès l'année suivante, il publia les deux premiers livres de ses Exercitationes paradoxica, adversus Aristotelem, qui firent beaucoup de bruit; à la suite de cette publication il alla à Paris, voyagea dans les Pays-Bas et la Hollande, se lia avec plusieurs savants, visita les établissements scientifiques et consulta les bibliothèques. Il fit à Marseille, en 1636, plusieurs grandes observations astronomiques et rectifia quelques erreurs des anciens.--Il fut longtemps protégé par le comte d'Alais Louis de Valois, depuis duc d'Angoulême.