Cependant le vieux serviteur veillait et chantait sans s'interrompre; quand le psaume était achevé, il le recommençait. Tout en donnant à l'enfant les breuvages prescrits, il ne discontinuait pas de chanter. Le huitième jour, le malade fut sauvé; mais la peste lui avait laissé au front une profonde cicatrice. Quand il fut debout: «Je veux, dit-il, aller retrouver mon père sur les remparts.»

Le serviteur l'arma sans résister, et, ayant fait venir un cheval, il y plaça son jeune maître. Il prit le cheval par la bride, entonna de nouveau un verset du psaume, et conduisit Agrippa au seigneur d'Aubigné. En ce moment, on se battait avec furie. L'enfant voit son père s'élancer en tête d'une sortie contre les assiégeants; il se précipite à sa suite, l'épée au poing, les yeux en flamme, la tête illuminée par son courage; il entonne d'une voix inspirée le psaume du vieux serviteur. Les soldats, qu'on entraînait d'ordinaire au combat avec ce chant de la Bible, répondaient en choeur à la voix d'Agrippa. En voyant ce guerrier adolescent, pâle, beau, indomptable, ils croient à quelque ange descendu du ciel pour les guider; ils se pressent autour de lui, exterminent l'ennemi et le repoussent loin des murailles, toujours devancés par le seigneur d'Aubigné, qui met à profit cette ardeur des siens sans avoir découvert ce qui l'inspire.

Ainsi qu'Agrippa l'a décrit plus tard dans ces vers:

Là l'enfant attend le soldat,

Le père contre un chef combat,

Encontre le tambour qui gronde

Le psaume élève son doux ton,

Contre l'arquebuse, la fronde,

Contre la pique, le canon.

La mêlée devenait de plus en plus sanglante; le seigneur d'Aubigné, emporté loin de sa troupe, est atteint par un éclat d'obus. Agrippa, qui n'avait pas encore pu rejoindre son père, arrive à ses côtés comme il chancelait: «Toi ici! toi, mon cher fils! s'écrie le blessé; est-ce bien toi, ou n'est-ce que ton spectre?» L'enfant couvre, son père de larmes et de baisers.