«N'entrons pas, dit maître Béroalde; ici la mort est certaine.

--Entrons, répondit Agrippa; ici est mon père, et je veux partager tous ses dangers.»

Ils franchirent les portes, et bientôt ils eurent rejoint le seigneur d'Aubigné.

«Ici, toi ici, mon pauvre enfant! s'écria celui-ci. Je ne t'ai donc retrouvé que pour te perdre!

--Non, mon père, je vivrai et je me battrai auprès de vous,» dit l'enfant toujours serein et ferme.

Cependant le fléau l'atteignit. Son père le vit un jour tomber inanimé entre ses bras; il ne put même pas lui donner ses soins et veiller sur lui: la défense de la ville le réclamait.

«Que faire? oh! mon Dieu! disait le père désespéré; il faut donc que j'abandonne mon enfant à la mort.»

Le précepteur se mourait lui-même.

Un vieux serviteur, qui n'avait jamais quitté le petit Agrippa depuis le jour de sa naissance, dit avec assurance à son père: «Ayez confiance en Dieu, votre fils ne mourra pas! Allez, monseigneur, nous défendre de l'ennemi. Je veille ici sur votre enfant et je vous le rendrai plein de vie.» En disant ces mots il coucha l'enfant, déjà brûlé et ravagé par la peste; et se plaçant à son chevet, il entonna un psaume. Le père hésitait à partir: «Allez sans crainte, répéta le serviteur, il est maintenant sous la garde de Dieu.» Le seigneur d'Aubigné embrassa son fils avec déchirement et se rendit aux remparts pour repousser l'assaut.