Le père regardait le curé bouche béante et sans Comprendre.

«Mais pour qu'il devienne ce que vous dites, monsieur le curé, faut-il qu'il se promène dans les champs pendant la nuit, et qu'il soit pris pour un vagabond?

--Tout peut s'arranger, répliqua le prêtre; il y a toujours dans nos montagnes des bergers qui mènent paître leurs troupeaux, de minuit jusqu'à l'aube. Confiez votre fils aux plus honnêtes, et abandonnez-le librement à ses rêveries et à ses études; je le guiderai moi-même, je lui prêterai des livres, et je vous promets qu'avant peu on parlera de lui.»

Le père baisa la main de l'excellent curé avec des larmes de reconnaissance.

L'école était voisine du presbytère, et c'étaient le desservant du curé et lui-même qui la dirigeaient. Ce dernier instruisait de préférence les enfants studieux et qui montraient des dispositions particulières. Il s'était aperçu bien vite des rares aptitudes du petit Pierre, et avait donné tous ses soins à leur développement.

Quand l'enfant apprit ce que M. le curé avait décidé avec son père, il sauta de joie, et, quelques jours après, son contentement fut encore plus grand, lorsqu'au retour d'un petit voyage qu'il fit à Digne, le bon prêtre lui remit un volume sur l'astronomie.

Cette science restait encore dans les nuages; beaucoup d'erreurs transmises par l'antiquité étaient acceptées comme des vérités; rien de cette précision et de cette certitude, que les découvertes de Copernic, de Galilée, et plus tard de Newton, devaient donner au mouvement des astres dans le ciel.

N'importe les expériences erronées recueillies par les siècles avaient leur intérêt et leur valeur. Tout n'était pas fabuleux dans le système des anciens transmis au moyen âge; le nom des astres, leur place dans le ciel, l'heure de leur apparition, de leur accroissement et de leur décroissance, le calcul du retour des comètes, les phases de la lune, etc., etc., tout cela a été adopté par l'astronomie moderne.

Quand le petit Pierre eut en sa possession ce livre précieux si plein d'attraits, malgré ses erreurs, il ne le quitta plus. Au moyen d'un petit télescope que lui prêtait le curé, il constatait dans le ciel la place des astres dont il lisait la description, et dès lors il semblait pressentir et préparer les découvertes qui devaient l'illustrer un jour. Il suivait avec étonnement le passage de Mercure devant le disque du soleil et les conjonctions de Vénus et de Mercure. Il notait ses observations, qu'il n'osait publier encore: il attendait que l'âge et l'autorité vinssent donner du poids à ses découvertes.