A ce dernier mot, un flot de sang jaillit de la bouche de Cornille Bart: «J'étouffe, dit-il faiblement; oh! c'est la balle anglaise!» et il s'affaissa sans vie dans les bras de sa femme et de son enfant. «Mon père! mon père! s'écriait Jean, les Anglais aussi t'ont tué!» Puis, se tournant vers sa mère: «Oh! les Anglais! ajouta-t-il avec une expression terrible, je les exterminerai un jour et j'en délivrerai la France.»
Six ans, après, Jean Bart faisait sa première croisière comme capitaine en second.
DEUX ENFANTS DE CHARLES Ier
NOTICE
SUR LA PRINCESSE ELISABETH STUART
ET SUR LE DUC HENRI DE GLOCESTER.
La reine Henriette d'Angleterre, femme de Charles Ier et fille d'Henri IV, quitta l'Angleterre au moment des troubles avec quatre de ses enfants. Mais les deux autres, Élisabeth et Henri de Glocester, ne purent la rejoindre et restèrent prisonniers, comme leur père, du Parlement révolté.
La princesse Élisabeth était née au palais de Saint-James, le 8 janvier 1635. Dès son plus jeune âge elle montra un esprit vif et pénétrant et les plus heureuses dispositions pour l'étude. Elle avait à peine dix ans, que son père la consultait déjà avant de prendre une décision, tant il avait reconnu en elle de justesse d'esprit et de perspicacité précoce. Elle était frêle et délicate, mais d'une figure expressive et charmante. Elle avait quatorze ans quand elle perdit son père; elle en ressentit une si vive douleur qu'on la vit dépérir rapidement; on lui avait donné pour prison, ainsi qu'à son frère le duc de Glocester, la forteresse de Carisbrooke dans l'île de Wight, la même où leur père avait langui prisonnier. La vue de ces murs acheva de la tuer. On la trouva morte un matin dans sa chambre, le 8 septembre 1650.
Elle fut inhumée secrètement dans l'église de Newport. La reine Victoria vient de lui faire élever un monument dont Marochetti a fait la statue dans la nouvelle église de Newport.
Le duc Henri de Glocester, frère de la princesse Élisabeth, naquit aussi dans le palais de Saint-James en 1640. Il suivit la destinée de sa soeur, mais à la mort de celle-ci, Cromwell le renvoya en France rejoindre sa mère, ses frères et ses soeurs exilés; il languit triste et taciturne jusqu'à la restauration de son frère Charles II sur le trône d'Angleterre. Il était toujours poursuivi par l'image de son père décapité auprès duquel on l'avait conduit, ainsi que sa soeur Élisabeth, la veille du jour de son exécution, et qui lui avait dit: «Mon fils, souviens-toi qu'ils vont couper la tête de ton père.»
Ce jeune prince ne rentra en Angleterre que pour y mourir. Il expira à peine âgé de vingt et un ans dans le petit palais de Whitehall, le même qui fut témoin du supplice de son père.