». . . . He was to this
»Hyperion—to a satyr.»
Le même cœur qui avait dicté ces lignes s'émut lorsque M. Trelawney publia récemment à Londres un livre sur lord Byron, où il prétend qu'ayant voulu revoir Byron mort et s'étant trouvé un moment seul dans sa chambre, il souleva le drap qui le cachait et découvrit: «Qu'il avait le buste d'Apollon, sur les jambes tordues du satyre.»
La Revue des Deux-Mondes et la Presse parlèrent de ce livre, et c'est à cette occasion que celle qui avait connu lord Byron dans l'éclat de sa gloire, de sa jeunesse et de sa beauté, nous écrivit la lettre suivante, énergique et convaincante réfutation de l'invention fantastique de M. Trelawney:
«... Que dire? quels mots employer pour exprimer ce qu'on éprouve lorsqu'on lit des choses semblables, et surtout lorsqu'on voit la bonne foi et l'élévation d'âme accepter à regret,—mais accepter pourtant de pareils mensonges?—Jamais, croyez-le bien, Dieu n'a prodigué et réuni sur une de ses créatures, un ensemble de dons comme sur lord Byron. Mais, hélas, jamais aussi les hommes ne se sont plus acharnés à disputer un à un ses dons; ne pouvant pas monter jusqu'à lui, ils ont lâché de le faire descendre jusqu'à eux. Ils ne l'ont épargné que là où il était absolument inattaquable. Ne pouvant pas lui refuser son grand génie, obligés de reconnaître sa supériorité intellectuelle, ils se sont attaqués à son être moral. Forcés d'avouer que sa beauté était presque divine, ils ont inventé des fables pour faire croire qu'il y avait dans sa personne des défauts mystérieux qui le mettaient au-dessous de l'humanité, ils ont trouvé dans ce bel exercice de leur esprit inventeur un aliment à leur vanité, et souvent à leur cupidité. Heureusement que ceux qui peuvent confondre ces turpitudes sont encore vivants, et ne manqueront pas de rétablir la vérité des faits.
»Je connaissais l'absurde invention de M. Trelawney, qui, craignant peut-être d'être oublié, a voulu se rappeler une fois encore au monde par un odieux mensonge sur lord Byron, mensonge qui serait ridicule s'il n'était pas révoltant. J'étais en Angleterre lorsque ce bel ouvrage a paru, et je puis dire qu'il a indigné au plus haut degré le publie. La renommée parfaitement méritée de M. Trelawney, proclame que pendant toute sa vie (qui n'a été qu'un tissu d'extravagances, pour parler avec charité), Jamais il n'a pu dire une vérité.
»Lord Byron, dont M. Trelawney n'a jamais été un ami, mais une simple connaissance de ses derniers jours en Italie, et qui l'avait invité à le rejoindre en Grèce parce que dans les circonstances de l'insurrection de la Grèce il pouvait être de quelque utilité, se moquait souvent de lui, sachant qu'il voulait réaliser en sa personne le type imaginaire de son Corsaire.—Cependant, disait lord Byron, Conrad faisait une chose de plus et une de moins que Trelawney,—il se lavait les mains et ne disait point de mensonges.
»À bord du vaisseau qui l'emmenait en Grèce, il s'est souvent moqué des mensonges de Trelawney, et, après sa mort, ces plaisanteries ont été publiées. De là l'hostilité de Trelawney, qui a attendu la mort de Fletcher[4] pour satisfaire sa vengeance.
«Mais il y a trop de raisons et trop de témoins contre lui pour qu'il puisse prouver son odieux mensonge. Si lord Byron fût né si mal conformé des jambes, comment aurait-on pu l'ignorer jusqu'à sa mort? Quoique ange pour ses perfections, il n'était cependant pas tombé du ciel homme fait et habillé, ni arrivé inconnu des pays inconnus. Il avait eu des nourrices, des bonnes qui ont été interrogées; qui ont dit tout ce qu'elles savaient de lui, et elles ont toujours déclaré que l'enfant n'avait qu'un de ses pieds mal conformé par une chute, un accident qui lui était arrivé après sa naissance. Il avait été traité par des médecins à Nottingham, à Londres, à Dulwich et toujours pour la seule fin de rétablir la forme de son pied et enfin après les soins du docteur Glenine, il était arrivé à se rétablir assez pour pouvoir se servir de chaussures ordinaires. L'enfant, tout joyeux, annonce l'heureux événement à sa bonne par une lettre qui a été conservée comme un témoignage de son bon cœur. Et, outre cela, n'a-t-il pas été au collège à Aberdeen, à Oulwich, à Harrow, jusqu'à son départ pour Cambridge? Est-ce là, avec les enfants de son âge et de tout âge, vivant avec eux, menant en tout la vie des autres écoliers, qu'il aurait pu cacher son défaut avec des habillements extraordinaires? Et ses compagnons d'étude dont la plupart sont encore vivants, pourquoi se seraient-ils tus sur ces défauts physiques de leur camarade, qui font tant d'impression sur l'enfance? Auraient-ils attendu les révélations lâches si elles étaient vraies, odieuses étant fausses de M. Trelawney, pour dire que lord Byron avait non-seulement un pied défectueux par suite d'un accident, mais les jambes monstrueuses de naissance? Et s'il avait eu cette difformité, est-il possible qu'il eût pu se distinguer parmi ses camarades et être supérieur aux autres pour tous les exercices d'adresse comme il l'était, et que plus tard il se fût encore distingué dans tous les exercices du corps, sans jamais trahir qu'un simple défaut de conformation dans un pied à peine sensible et ne lui étant ni grâce ni agilité? N'a-t-il pas toujours monté à cheval avec une remarquable élégance? Ne nageait-il pas mieux qu'aucun nageur de son temps? Ne jouait-il pas avec aisance à tous les jeux de dextérité?—On devrait encore ajouter, a-t-il donc toujours aimé platoniquement? N'a-t-il pas été marié? Et dans toutes ces différentes circonstances pouvait-il cacher des difformités pareilles à celles que lui prête M. Trelawney? Ajoutons encore aux preuves matérielles que son corps a été embaumé par les docteurs Millingen, Bruno, Meyer et que ces messieurs ont parlé de la parfaite conformation de lord Byron, à l'exception d'un pied.
»Il existe un charmant portrait de lord Byron enfant, peint par Finden, qui le représente debout et jouant de l'arc, et ses jambes dans ce portrait sont jolies et élégantes comme toute sa personne. Mais je ne finirais pas si je voulais énumérer toutes les preuves du mensonge de M. Trelawney. Quant à la mélancolie de lord Byron, elle a été pour le moins bien exagérée. Lord Byron était habituellement serein et gai dans les dernières années de sa vie. Lorsqu'il a souffert de quelques instants de mélancolie, ce n'était certes pas à cause d'une imperfection de son corps, pour la beauté duquel, comme pour toutes les autres qualités, qui faisaient de lui un être si privilégié, il ne pouvait que remercier le ciel, mais cette mélancolie provenait de son tempérament poétique, si sensible et si aimant; de la perte d'amis et de personnes aimées; de la perte aussi de quelques illusions de jeunesse, et plus tard de l'ingratitude, de la calomnie, de toutes les basses et hypocrites passions conjurées contre lui pour le punir de sa supériorité. On peut l'attribuer aussi à ce poids des grands problèmes de notre existence, qui pèse sur les grandes âmes plus que sur les esprits ordinaires.
»Mais dans les dernières années de sa vie, lorsqu'un esprit de philosophie et des tendances plus religieuses qu'on ne croit, et qu'il ne s'avouait pas encore à lui-même eurent agi sur lui, son âme devint de plus en plus sereine, et tout le monde qui la vu alors s'accorde à dire qu'il était habituellement gai, enjoué, charmant.»