Un matin, je lus dans un journal que le prince qui avait été au collège mon compagnon d'étude, allait se battre en Afrique à la tête de nos soldats. Je me présentai chez lui; il me reçut, comme il le faisait toujours, avec une cordiale amitié.

—Monseigneur, lui dis-je, je viens vous demander une grâce.

—Pour vous, cher Albert? Ce sera la première, et elle est d'avance accordée.

—Je veux faire la campagne d'Afrique avec vous.

—Comme historiographe?

—Non, comme soldat...

Son beau visage exprima la plus joviale gaieté.

—Oh! je devine, dit-il, un désespoir amoureux?

—Qu'importe, monseigneur, consentez-vous, répliquai-je sérieusement.

—Non, je retire ma promesse, je refuse. La France, mon cher Albert, a des milliers de braves soldats, mais elle n'a pas trois poëtes comme vous, ajouta-t-il en m'embrassant; je vous garde donc à la gloire poétique de la France, qui m'est aussi précieuse que sa gloire militaire.