—Tu dis plus vrai que tu ne penses, répliquai-je; tu arrives à point pour un dénoûement; car demain je me bats en duel et tu seras mon témoin.
—Nous verrons, nous verrons, répliqua-t-il en riant; mais viens d'abord déjeuner avec moi au café Anglais.
—J'y consens, quoique je sois attendu: je vais écrire pour la prévenir.
—De qui parles-tu donc? fît-il en jouant l'étonnement.
—Mais tu le sais bien, poursuivis-je, nous nous sommes réconciliés.
—On me l'avait dit, reprit-il; pourtant je n'y croyais pas: et c'est pour elle que tu te bats?
Je fis un signe qui disait oui, tout en écrivant quelques lignes à Antonia. Albert Nattier me considérait; son visage avait une expression sérieuse que je ne lui avais jamais vue. Nous descendîmes l'escalier sans rien dire et nous montâmes dans sa voiture, qui nous conduisit au café Anglais. Durant le trajet, il affecta de ne me parler que des plaisirs de Londres; il me raconta quelques aventures dont il avait été le héros. La conversation continua sur ce sujet jusqu'à la fin du déjeuner. Mais sitôt que le garçon fut sorti et que nous eûmes allumé nos cigares, il me dit en se plaçant debout en face de moi:
—Ainsi donc, Albert, ce duel est bien arrêté: tu vas te battre pour cette femme?
—Ma décision est irrévocable, répondis-je; mon père même, si j'avais le bonheur de l'avoir encore, ne m'y ferait pas renoncer.
—Eh bien, en ce cas, j'aurai plus de pouvoir que ton père, répliqua-t-il; car je te jure bien que ce duel n'aura pas lieu.