Arrivés au milieu des massifs d'arbustes et de bouquets qui embaumaient l'air, je dis à mon fils:
—Choisis ce qui te plaira pour notre ami.
Il arrêta son désir sur un beau camélia à pétales rosées. Un petit commissionnaire hissa sur son épaule le pot que nous venions d'acheter, et nous nous remîmes en marche vers la maison d'Albert.
Comme nous approchions de sa porte, mon fils me dit:
—Crois-moi, passons sans rien demander au portier, il pourrait nous répondre qu'il n'y est pas, tandis que là-haut nous verrons bien. En parlant ainsi, il saisit le pot des mains du petit commissionnaire, et nous nous glissâmes dans l'escalier. Je tremblais un peu en montant les marches, mais la présence de mon enfant me soutenait.
Il posa le camélia sur le seuil de la porte, puis ce fut lui qui sonna d'une main assurée.
Le domestique, qui nous reconnut, nous accueillit d'un air joyeux.
—Allez prévenir M. Albert, lui dit l'enfant, que quelqu'un qui l'aime bien vient le voir.
Ce ne fut pas le domestique qui revint pour nous introduire, ce fut Albert; il accourut en nous criant: Comment! c'est vous! puis, se courbant, il embrassa si passionnément mon fils, que je compris que ses baisers s'adressaient à moi.
—Oh! chère Stéphanie, me dit-il, vous êtes donc restée pour moi un bon camarade? Que c'est charmant ce que vous faites là! Entrez, entrez; si j'avais pu prévoir votre venue, c'est moi qui aurais rempli de fleurs mon logis pour vous recevoir. Il s'empara de l'arbuste; il pressa contre ses joues amaigries et contre son front brûlant les frais camélias; puis, se retournant vers l'enfant, il l'embrassa encore. Il était vêtu d'une robe de chambre en laine blanche où flottait son corps frêle; son cou, sans cravate, en sortait décharné, et ses pommettes saillissaient à travers sa pâleur.