—Si maman ne vous aime plus, lui dit-il, moi je vous aime et je vais aller me promener avec vous.

—Oh! oui, venez, répondit Albert, il faudra bien alors qu'elle se montre si elle veut vous reprendre à moi.

Je sonnai Marguerite et lui dis de me ramener mon fils; il vint en trépignant; pour la première fois de sa vie il me résistait; je n'ai jamais vu une sympathie plus forte que celle qui entraînait cet enfant vers Albert. Pour le calmer il fallut lui promettre que je recevrais son ami dans quelques jours. Il retourna vers lui tout joyeux lui porter cette bonne nouvelle, et je l'entendis rire en répétant à Albert:

—J'ai fait obéir maman!

Le lendemain, en m'éveillant, je reçus d'Albert ce charmant billet:

«Ne faites pas durer plus longtemps mon supplice, chère marquise, et puisque, grâce à Dieu, vous n'avez aucun mal, pardonnez-moi ma faute involontaire. Je n'ai jamais fait à froid une méchante action; consentez à me recevoir aujourd'hui même; j'ai composé un sonnet pour vous; je suis comme Oronte, je veux vous le lire; un mot qui m'appelle et j'accours!»

Je n'osai me décider à lui répondre: «Venez!» mais je trouvai un mezzo termine entre le cœur qui adhère et la raison qui s'oppose; je lui fis dire par son domestique que je ne sortirais pas de la journée.

Quand-il arriva vers le soir j'étais seule; il prit mes deux mains sans me parler, et les pressant quelques instants dans les siennes il me regarda profondément.

—Vrai! vrai! me dit-il enfin, vous ne souffrez pas, vous n'avez pas de trace qui puisse vous rappeler ma démence?

—Chut! lui répondis-je en souriant, n'en parlons jamais!