J'étais accourue et je me trouvais là lorsque. Marguerite ouvrit la porte; je laissai échapper un cri de surprise, presque d'effroi: ce fut Albert qui m'apparut!

Il crut sans doute que j'avais poussé un cri de joie, car son visage ne perdit rien de son expression heureuse. Il paraissait moins souffrant, son teint était animé et ses beaux yeux lançaient des flammes; il tenait d'une main une petite cage dorée où était renfermé un joli couple de ces perruches mignonnes qu'on appelle des inséparables, et dans l'autre main il avait une seconde cage à treillis d'argent dans laquelle voltigeaient deux colibris.

—Où donc est votre cher enfant? me dit-il, qu'il me débarrasse bien vite de ces oiseaux qui l'amuseront, et que j'aie les mains libres pour presser la vôtre et vous embrasser.

—Ce cher petit a voulu aller à la campagne, répondis-je en rougissant.

—Mais vous-même, reprit-il? vous allez donc sortir que vous voilà si parée?

—Oui, balbutiai-je, je dîne en ville.

Tout en prononçant ces mots nous traversions la salle à manger. Il posa sur le buffet les deux cages charmantes où les oiseaux des tropiques s'ébattaient, et me tendant aussitôt les bras, il me dit:

—Je n'y tenais plus, chère âme; il m'a fallu revenir pour vous voir et pour vous entendre.—Allons, parlez-moi! qu'avez-vous fait pendant mon absence? Pourquoi sortez-vous et ne me gardez-vous pas tout aujourd'hui comme je m'y attendais?

Il baisait mes mains et mon front et ne pouvait détacher ses regards de moi.

—Je ne vous ai jamais vu un visage si expressif et où éclatât tant d'âme, poursuivit-il, lorsque nous nous fûmes assis dans mon cabinet. Est-ce mon retour qui vous rend si belle? Ne m'avez-vous pas oublié, m'aimez-vous un peu? Et il se plaça dans une pose câline à mes pieds sur le coussin où si souvent il s'était assis.