—Sans doute, vous êtes bien mieux que lui, répliqua-t-elle, en me toisant avec ses grands yeux étonnés, ce qui ne me flatta guère dans ma prétention de cavalier bien tourné, mais, ajouta-t-elle avec un ton sérieux, il a des qualités.
Je lui répondis par un de ces mots grossiers qu'on se permet avec les grisettes; elle n'eût pas l'air de me comprendre.
—Oh! si vous saviez, poursuivit-elle, comme il tient notre ménage! il m'aide à faire mon lit, à balayer, à repasser mon linge et il fait à lui seul la cuisine, ajouta-t-elle d'un ton admiratif; ce qui me permet de garder mes mains blanches, de me reposer et de dîner avec plaisir.
—Si ce n'est que cela, lui dis-je, je vous promets d'être un excellent cuisinier.
—Vous plaisantez, reprit-elle, vous êtes un dandy, un beau, un noble, qui n'avez jamais touché à une carotte ni fait un pot-au-feu.
—Non, repartis-je, mais j'excelle dans quelques plats recherchés, que j'ai vu faire dans la cuisine de mon père, et si jamais vous y goûtez; vous m'en direz des nouvelles.
Quelques jours après, lorsque j'eus triomphé de ses indécisions, je me piquai au jeu et je lui tins parole: durant huit jours je lui servis tour à tour des fricassées de poulet, des filets de sole, des côtelettes à la Soubise, des omelettes au rhum, et une foule d'autres plats qui la ravissaient par leur diversité. Elle préparait les matières premières en mettant des gants; j'allumais les fourneaux, j'opérais le mélange des ingrédients, beurre, lard, etc., et je faisais sauter les casseroles. Je ne jurerais pas, marquise, que mes sauces fussent toujours orthodoxes; je devais confondre souvent une recette avec une autre, comme lorsqu'on pratique d'après le souvenir d'une théorie; mais ma grisette n'y regardait pas de si près, et lorsque nous nous mettions à table elle me disait, en savourant les mets que je lui servais:
—Ma foi, vous aviez raison, vous êtes plus fort que lui; il ne savait faire que les biftecks aux pommes et les rognons au vin bleu.
Je riais de bon cœur, tandis qu'elle parlait
—Que vous êtes aimable et cordial ce soir; dis-je à Albert, allons, contez-moi encore une de vos jolies histoires que vous contez si bien.