—Oui; anxieusement. Mais n'en parlons plus; c'est assez; il est des fantômes qu'il ne faut pas ranimer le soir, car ils s'obstinent autour du chevet, et sans le vouloir, marquise, vous m'avez préparé une de ces nuits qui sont l'explication de mes jours. Quand mes visions se lèvent menaçantes, il faut bien que je les chasse par l'ivresse et par la débauche.
—Oh! chassez-les plutôt par mon amitié, lui dis-je en le forçant à s'asseoir près de moi, mais il resta inerte et distrait, et ce soir-là c'est lui qui voulut partir.
[1]La célèbre tragédienne anglaise, première femme de Berlioz.
[VIII]
Deux jours se passèrent sans qu'Albert reparût; j'allais envoyer savoir de ses nouvelles lorsqu'à ma grande surprise il arriva un matin chez moi vers midi: j'étais encore en robe de chambre et je déjeunais avec mon fils.
—Je viens vous voir trop matin, me dit-il, mais je n'ai pu résister aux sollicitations de ce brillant soleil qui inonde Paris. Il m'a poussé dehors à une heure où je ne sors guère, je suis monté en voiture et me voilà, marquise, prêt à vous enlever, vous et votre fils, pour une longue promenade.
L'enfant l'embrassa en le remerciant.
—Mais avez-vous déjeuné? lui dis-je.
—Non, répliqua-t-il, et je vais déjeuner à l'instant avec vous si vous consentez après à me suivre.
—Je ne m'engage pas aveuglément, où donc irons-nous?