—Allez-vous donc vous endormir? lui dis-je. Pourquoi ne parlez-vous plus?

—En ce moment, répliqua-t-il, je voyais défiler devant moi une chasse pompeuse de Louis XIV: le jeune roi à la mine hautaine passait entouré des grands seigneurs de sa cour; les trompes sonnaient, les piqueurs et les meutes s'élançaient au loin, les dames de la maison de la reine en habits de gala suivaient dans des voitures découvertes; entre toutes m'apparaissait Louise de la Vallière en robe gris pâle relevée par des nœuds de perles comme dans son portrait de la galerie de Versailles; ses longs cheveux blonds flottaient à l'air et ruisselaient en grappes sur ses joues empourprées par la chaleur. Tenez, nous voici dans un carrefour où la chasse royale fit une halte. Voulez-vous que nous nous y reposions aussi?

—Oh! oui, s'écria mon fils, descendons de voiture, je veux voir ce qu'il y a de suspendu à ce grand arbre, courir un peu dans le bois et goûter, si c'est possible, car j'ai grand faim.

Il dit cela avec cette naïveté indiscrète de l'enfance qui n'admet pas une entrave à ses désirs.

—Voici d'abord de quoi repaître votre faim, lui dit Albert en tirant d'une poche de la voiture des bonbons et des fruits.

—Vous êtes donc un magicien? répliqua l'enfant.

—Point; mais je vous traite comme Louis XIV traitait Mlle de la Vallière et je veux satisfaire à chacun de vos souhaits.

Nous étions descendus de voiture et, tout en croquant des pralines et des poires, mon fils s'amusait à regarder les ex-voto et la petite chapelle suspendus au tronc du grand chêne; bientôt il prit ses ébats dans les sentiers voisins.

Albert et moi nous nous assîmes sur le gazon et nous nous pénétrâmes de la chaleur bienfaisante du jour.

—C'est donc ici, reprit Albert, que la chasse s'arrêta. Mlle de la Vallière, haletante d'émotion, suivait de son œil bleu si tendre le regard du roi; l'accablement d'une journée d'août et l'amour dont son cœur débordait l'enveloppaient de langueur et doublaient son charme: elle s'assit, comme épuisée, au pied d'un de ces arbres. Le roi s'approcha d'elle et lui dit avec un sourire aimable: