J'entendis Antonia se coucher.
—Ouvre donc cette porte, lui dis-je.
—Dors! répondit-elle; moi je vais dormir pour reprendre ma tâche demain.
Je ne lui parlai plus; je mordis de rage mes couvertures, et sentant que je ne pourrais vaincre l'insomnie, je me décidai à me lever pour essayer d'écrire, j'y réussis. Mon cerveau surexcité était en cet instant propre à la création, qui pour moi fut toujours une douleur, une sorte d'explosion d'amertume et d'amour. J'entendais le souffle régulier d'Antonia qui s'était vite endormie, je l'entendis ainsi jusqu'au grand jour, pendant que ma pensée enflammée se précipitait comme un ouragan sur le papier. Je finis par tomber de lassitude dans un lourd sommeil, la tête renversée sur mon fauteuil. Antonia m'y surprit en entrant dans ma chambre pour m'avertir que le déjeuner était servi; elle comprit que j'avais travaillé; elle en fut sans doute touchée, car je me trouvai enlacé dans ses bras, et elle me dit:
—Tu as donc passé la nuit à écrire? Oh! c'est plus que je ne puis faire moi-même!
Elle me força à me coucher et fit servir le déjeuner auprès de mon lit. Le repas fut assez gai. La voyant de bonne humeur, je lui demandai instamment de renoncer à ses idées de retraite absolue et de m'accompagner le jour même dans quelque promenade.
Elle me répondit qu'elle ne revenait jamais sur une résolution prise; que la distraire de son travail ce serait l'exposer à l'impossibilité de le finir, et que je savais bien l'impérieuse nécessité qui l'obligeait d'aller vite.
—Imite-moi, me dit-elle, et après nous aurons nos jours de vacance.
—Tu le sais bien, repartis-je, je ne puis travailler que par intervalles; que deviendrai-je dans cette solitude où tu me laisses souffrir?
—Es-tu malade? me dit-elle, en ce cas je ne te quitte pas, je vais me mettre à coudre à ton chevet.